Allemagne: l’aggravation de la pollution, première conséquence de la sortie du nucléaire

Deux ans après Fukushima, la décision du gouvernement allemand de fermer immédiatement 8 centrales et d’accélérer la sortie du nucléaire d’ici 2022, a conduit en réalité à une forte croissance de la production d’électricité à base de charbon et de lignite, et sa conséquence: plus de pollution. La production d’électricité à base de lignite est passée de 146 à 158 TWh, soit une augmentation de 8 % en deux ans !

 

Le groupe RWE-RHEINBRAUN  extrait environ 100 millions de tonnes par an de lignite dans trois mines à ciel ouvert dans la Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Ces mines sont celles de Hambach I, Inden I et II et Garzweiler I, qu’il est prévu d’exploiter jusqu’en 2050. Les pelleteuses descendent jusqu’à 500 mètres de profondeur dans des excavations de plusieurs kilomètres de large. Les engins avancent en creusant d’un côté et en comblant de l’autre, ce qui entraîne le déplacement continue de la mine dans le pays. 

 

On parle beaucoup en France des investissements sur les énergies renouvelables en Allemagne et on oublie trop souvent que l’Allemagne est avant tout la patrie du charbon. Le charbon a été la base de la formidable ascension industrielle de l’Allemagne au XIXème siècle, et reste très présent aujourd’hui dans le mix énergétique national. En 2010, 42% de l’électricité produite en Allemagne était à base de charbon, et aussi de lignite.

Qu’est-ce que le lignite ? Le lignite est un charbon de qualité inférieur, et fortement polluant. D’abord, comme le charbon, sa combustion produit des émissions très élevées de CO2:  de l’ordre de 1kg de CO2/kWh, soit plus du double des émissions d’une centrale à cycle combiné gaz. Mais aussi, le lignite est riche en sulfure, lequel est en grande partie à l’origine des fameuses pluies acides. Enfin, sa combustion entraîne aussi la libération d’oxyde de carbone et de particules fines, elles mêmes responsables de maladies respiratoires. L’Allemagne est aujourd’hui, devant l’Australie, le premier producteur mondial de lignite. D’après une étude récente de l’Université de Stuttgart, commandée par Greenpeace International, les scientifiques ont pu chiffrer les impacts sanitaires des 300 plus grandes centrales à charbon d’Europe, et de 50 autres projets en cours de réalisation, à 25 000 décès prématurés par an.

Les objectifs de l’Energiewende, le tournant énergétique allemand du printemps 2011, paraissaient  simples : atteindre une part de 35 % de renouvelables dans le mix électrique d’ici 2020, et diminuer la consommation d’électricité de 10 % sur la même période. En théorie, le développement des  énergies renouvelables, subventionné par une contribution payée par les  consommateurs d’électricité,  devait permettre à terme à la fois de sortir du charbon et du nucléaire représentant à eux deux plus de 60 % de la production électrique nationale.

En pratique, la baisse de production du nucléaire est aujourd’hui largement compensée non pas sur le renouvelable, mais par l’augmentation de la production à base de charbon et de lignite.  D’après les statistiques du Ministère allemand de l’économie et de l’énergie, la part du nucléaire a baissé entre 2010 et 2012 de 6 points, passant de 22,4 % à 16 % du mix. Sur la même période, les parts combinées du charbon et du lignite sont passées de 41,8 % à 44,7 %, soient près de 3 points. La moitié de la part du nucléaire, non émettrice de CO2, a été remplacée par du charbon, fortement émetteur de CO2 et d’autres substances polluantes.

 

Valérie Faudon, Déléguée générale de la SFEN

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